Fifi
Faut que je sois forte.
On me le dit tout le temps.
Maman pleure, assise sur une chaise. Ma petite sœur est au petit coin. Elle crie pour qu’on vienne lui essuyer le pet. Mon petit frère est tout rouge dans son berceau. Je crois qu’il est malade. Enfin, je ne sais pas trop. Un monsieur est venu tantôt à la maison. Il a dit qu’il fallait mettre un sirop spécial dans son biberon. C’est sûrement de la grenadine parce que son lait est devenu tout rose. Il a de la chance mon frangin, il peut boire de la grenadine. Je comprends pas ; il est tout petit et papa dit toujours qu’il faut être grand pour avoir de la grenadine ; et très gentil, en plus.
Je ne sais pas trop pourquoi elle pleure, maman. Elle m’a dit d’attendre pour manger le poulet qu’est déjà sur la table. J’ai faim, moi. Mais je peux pas. Il faut que j’attende.
Papa, lui il ne veut pas manger. Il dit qu’il veut partir retrouver ses copains au foot parce qu’il sait bien comment on fait pour crever les autres qui n’ont jamais le ballon quand il est sur le terrain. C’est un vrai footballeur mon papa. Il dit qu’il est le plus fort. D’ailleurs, tout le monde le sait bien. C’est peut-être pour ça qu’on lui paie plein de verres après le match. Il est gâté mon papa. Il est sûrement très très fort. Il se défonce tellement que quand il revient de ses matches, il est si crevé qu’il s’endort tout de suite dans le fauteuil. Nous, on doit faire attention de ne pas le réveiller. Alors, on joue à faire le moins de bruit possible, comme les petites souris. Je sais bien faire la petite souris, moi. Même que maman elle est toute contente parce que je n’ennuie pas mon papa. Comment je pourrais l’ennuyer d’ailleurs ? C’est le plus grand champion du monde.
Voilà, il est parti. Et maman elle pleure toujours sur sa chaise. Ma petite sœur crie si fort qu’on dirait un éléphant qui braille. C’est papa qui dit ça, un éléphant qui braille. J’aime bien moi. C’est comique quand on fait comme les éléphants. C’est facile, on se plie en deux, on prend son bras qu’on met devant son nez et puis, hop ! on lève la tête en braillant pendant que le bras va chatouiller le dos qui est devant. Mais il n’y en a pas toujours. Alors on fait comme si. On pouffe de rire. J’aime bien moi quand mon papa dit qu’on est comme des éléphants qui braillent. Il est gentil mon papa, il dit des jolies choses.
Je viens soeurette, je vais t’aider à essuyer ton pet. Et puis je prendrai tes petites mains dans les miennes et on frottera tout plein de savon dessus pour faire des gants blancs et il y aura plein de bulles quand on fera couler l’eau dessus. Mais je sais pas si je saurais fermer le robinet, il coince tout le temps et quand je sais pas, on met de l’eau partout et maman dit que je suis une bonne à rien. C’est pas bien, hein ?
Faut que je sois forte. Assez pour fermer le robinet. Comme ça peut-être que maman arrêtera de pleurer.
On me le dit tout le temps.
Maman pleure, assise sur une chaise. Ma petite sœur est au petit coin. Elle crie pour qu’on vienne lui essuyer le pet. Mon petit frère est tout rouge dans son berceau. Je crois qu’il est malade. Enfin, je ne sais pas trop. Un monsieur est venu tantôt à la maison. Il a dit qu’il fallait mettre un sirop spécial dans son biberon. C’est sûrement de la grenadine parce que son lait est devenu tout rose. Il a de la chance mon frangin, il peut boire de la grenadine. Je comprends pas ; il est tout petit et papa dit toujours qu’il faut être grand pour avoir de la grenadine ; et très gentil, en plus.
Je ne sais pas trop pourquoi elle pleure, maman. Elle m’a dit d’attendre pour manger le poulet qu’est déjà sur la table. J’ai faim, moi. Mais je peux pas. Il faut que j’attende.
Papa, lui il ne veut pas manger. Il dit qu’il veut partir retrouver ses copains au foot parce qu’il sait bien comment on fait pour crever les autres qui n’ont jamais le ballon quand il est sur le terrain. C’est un vrai footballeur mon papa. Il dit qu’il est le plus fort. D’ailleurs, tout le monde le sait bien. C’est peut-être pour ça qu’on lui paie plein de verres après le match. Il est gâté mon papa. Il est sûrement très très fort. Il se défonce tellement que quand il revient de ses matches, il est si crevé qu’il s’endort tout de suite dans le fauteuil. Nous, on doit faire attention de ne pas le réveiller. Alors, on joue à faire le moins de bruit possible, comme les petites souris. Je sais bien faire la petite souris, moi. Même que maman elle est toute contente parce que je n’ennuie pas mon papa. Comment je pourrais l’ennuyer d’ailleurs ? C’est le plus grand champion du monde.
Voilà, il est parti. Et maman elle pleure toujours sur sa chaise. Ma petite sœur crie si fort qu’on dirait un éléphant qui braille. C’est papa qui dit ça, un éléphant qui braille. J’aime bien moi. C’est comique quand on fait comme les éléphants. C’est facile, on se plie en deux, on prend son bras qu’on met devant son nez et puis, hop ! on lève la tête en braillant pendant que le bras va chatouiller le dos qui est devant. Mais il n’y en a pas toujours. Alors on fait comme si. On pouffe de rire. J’aime bien moi quand mon papa dit qu’on est comme des éléphants qui braillent. Il est gentil mon papa, il dit des jolies choses.
Je viens soeurette, je vais t’aider à essuyer ton pet. Et puis je prendrai tes petites mains dans les miennes et on frottera tout plein de savon dessus pour faire des gants blancs et il y aura plein de bulles quand on fera couler l’eau dessus. Mais je sais pas si je saurais fermer le robinet, il coince tout le temps et quand je sais pas, on met de l’eau partout et maman dit que je suis une bonne à rien. C’est pas bien, hein ?
Faut que je sois forte. Assez pour fermer le robinet. Comme ça peut-être que maman arrêtera de pleurer.
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